Editorial n°18

Le cartel, vite !

Par Valentine Dechambre

 

Lors de l’exceptionnelle matinée des cartels à l’ACF-MC[1] Dalila Arpin revenait sur la place du cartel dans un monde de plus en plus standardisé et dé-subjectivant. Sur le site de l’ECF, elle écrit : « (Les  cartels) restituent la place au sujet de l’énonciation, celui qui lit, celui qui suit le chemin de son interrogation intime. » De même, elle souligne combien « le projet du cartel est celui d’un engagement et non pas celui d’une rencontre éphémère.[2] »

Notons combien cette dimension d’« engagement » résonne avec l’actualité de notre Champ – une actualité marquée par le franchissement opéré par Jacques-Alain Miller et l’ECF au printemps 2017 à  « faire exister la psychanalyse dans le champ politique[3] », en invitant les analystes à prendre place dans le débat citoyen,  à l’instar du personnage de Socrate qui surgit au moment où la démocratie s’effondre et pour qui la politique se fait dans l’interpellation immédiate.

Jacques-Alain Miller nous guide : «  Pour œuvrer en politique, faire confiance à l’autonomie de sa pensée est aussi nécessaire que d’abaisser le niveau des identifications et d’obtenir que chacun se réfère à sa propre opinion. »[4]

Ainsi, le Cartel, non seulement n’a pas pris une ride – plus de cinquante ans après sa création par Lacan ! – mais se présente comme l’outil qu’il nous faut dans l’élaboration au un par un de ce moment  crucial de politique lacanienne.

Rappelons le contexte de création du Cartel par Lacan. C’est dans un acte de séparation, son excommunication de l’IPA, que Lacan crée son Ecole et  forge le Cartel comme « organe de base » dont la visée est de contrer l’Idéal et l’aliénation mortifère au groupe qui font barrage à une position de « travailleurs décidés »[5] par quoi Lacan désigne ceux qui feront le choix de le suivre.

Et c’est dans un nouvel acte de coupure  en 1980 –  la « dissolution » de son Ecole [6] et  la création de l’ECF – que Lacan va restaurer le Cartel, en affiner sa formalisation[7]  afin d’y  favoriser au mieux une position d’énonciation qui renvoie cette fois à une logique du « pas de tout » [8] et à une éthique du sinthome comme noyau de particularité irréductible du parlêtre.

Dans son « Éloge des hérétiques », le 23 mai dernier à Turin, Jacques-Alain Miller nous poussait sur la voie de RSI, contemporaine de ce tout dernier enseignement de Lacan :

« Que veut un hérétique ? Il veut du sans- pareil, être unique, détaché de tout conformisme. Mais il veut aussi s’associer à d’autres sans pareil, car, pour penser, il lui faut converser, échanger avec les autres ».

Le cartel,  encore !

Dans ce numéro, vous trouverez des éclairages sur l’art de deux hérétiques sublimes : Francis Bacon, par Nicole Oudjane et Valère Novarina, par Michèle Bardelli. Quant au texte de  Gérard Darnaudguilhem, il promeut avec finesse la réalité lacanienne de RSI : «  à chacun sa forclusion mais, de solution unique il n’y a pas »

 

[1] Matinée des cartels de l’ACF-MC, le 24 juin.
[2] Arpin D., Texte de présentation des cartels sur le site de l’ECF.
[3] Miller J.-A., Lacan Quotidien, n°700. « Conférence de Madrid », le 13 mai 2017, prononcée au Palacio de la Prenda, Madrid. www.lacanquotidien.fr
[4] Ibid.
[5] Lacan, J., « Acte de Fondation de l’Ecole freudienne de Paris », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 229.
[6] Lacan J. « D’écolage», Ornicar n°20-21, Paris, éd. Lyse, pp. 9 et 10
[7] J. Lacan, « D’écolage », opus cité  « … je démarre la Cause Freudienne- et restaure en leur faveur l’organe de base repris de la fondation de l’Ecole…le cartel, dont, expérience faite, j’affine la formalisation…. »
[8] Idem
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