Le cartel à l’époque de Lacan

De l’esprit à la logique

Jean-Pierre Rouillon

 

Dans les années 1980, avant la création des ACF et celle des Sections cliniques en province, à l’époque où l’Ecole de la Cause freudienne s’organisait en secrétariats de ville, le cartel était un des seuls liens à l’ECF, en dehors de l’analyse. Il permettait de s’engager dans la vie de l’ECF, et surtout pour le jeune élève que je souhaitais être, c’était un espace de travail, un lieu de lecture, pour s’aventurer dans l’immensité de l’œuvre de Freud et de Lacan. Jean-Robert Rabanel tenait alors un séminaire qui traçait la grand-route et les chemins de traverse qui donnaient forme à ce continent obscur, énigmatique, mais plein de promesses et d’enthousiasme, que constituait la psychanalyse.

Commencé lors du premier cartel, par la voie du mot d’esprit, non sans une certaine ironie à l’égard d’un savoir dont la langue semblait à maints égards étrangère, de reposer sur une lecture de « L’étourdit », texte peu adapté à la propédeutique, le consentement à la dimension de l’inconscient allait guider l’engagement décidé dans les cartels qui ont suivi : dégager la logique à l’œuvre dans les textes de Freud et de Lacan. Ce travail lent, patient et déterminé, a trouvé durant toutes ces années son rythme à l’aulne des découvertes, des surprises, des trouvailles qui ont parsemé ce parcours, où l’apprentissage ne pouvait s’entendre que sur le fondement du désir. Cette joie de pouvoir cerner au plus près le réel qui nous détermine, reste pour moi la marque qui caractérise ce formidable instrument crée par Lacan, qui a su prouver au fil des ans sa robustesse. C’est cet affect qui me saisit depuis, à chaque fois que cette aventure reprend corps à l’occasion d’un nouveau cartel : se confronter à nouveau à l’éthique du bien dire.

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