Par Bénédicte Jullien

 

 

Le désir de cartel m’est venu avec le désir de devenir psychanalyste. Le cartel était donc en partie lié à la psychanalyse en tant que pratique, et donc plutôt en rapport avec l’institution analytique qu’est l’École. Lire Lacan me semblait indispensable pour prétendre occuper la place d’analyste. D’un côté, m’y atteler seule m’identifiait à Sisyphe et me confrontait à mon impuissance. De l’autre, le cartel m’ouvrait une perspective d’inscription dans une « communauté », moi qui passais mon temps à la fuir depuis mon adolescence tout en rêvant d’y être reconnue. Ce petit groupe était parfait pour éviter l’étouffement du blabla de l’auberge espagnole. Il est un moment de lecture de textes, un espace d’enseignement, un lieu où s’élabore un savoir à quelques-uns, même si on s’y présente, comme en analyse, en position de sujet divisé par une énigme. C’est un enseignement actif où chacun doit s’impliquer pour faire émerger du sens, des sens, dans l’écrit d’un Autre. Ce n’est pas sans angoisse, ni sans inhibition, voire sans sidération. Partager sa lecture à plusieurs, soutenu par le plus-un, permet, la plupart du temps, de traverser ces obstacles… Que le résultat soit productif ou non, cette confrontation au texte, avec sa part d’obscur, n’est jamais sans conséquence, en tout cas sans effet. Surtout en écho avec l’analyse.

Et si je parle d’écho, ce n’est pas tant dans un va et vient, mais plutôt dans son aspect de résonance. J’ai longtemps pensé que lire Lacan éclairerait mon analyse, mais c’est à l’envers que les effets ont eu lieu. Il s’est agi pour moi de m’éloigner de la quête de retrouver dans mon analyse les dires de Lacan, confirmant que j’étais une bonne analysante. Cela me poussait vers un idéal analytique ou une identification à l’analyste. Il a donc été question d’entendre résonner mes dires lors de la cure dans le texte de Lacan, ce qui me l’a éclairé. C’est la logique de mon analyse qui me permet d’entendre, d’attraper, de décrypter les différentes élaborations de Lacan. Par exemple, l’objet a, de l’agalma au paléa, c’est avec la construction du fantasme et sa traversée dans l’analyse, que j’ai pu en saisir non seulement les différences mais aussi les textures, les ressorts, les fonctions et son au-delà…

Le cartel est donc un lieu où je peux mettre à l’épreuve la théorie analytique à l’aune de l’expérience du sujet analysant.

 

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