Par Dominique Holvoet

 

 

 

Le cartel fut ma porte d’entrée dans l’École, dans les jardins à la française de l’École à une époque où mes jardins étaient en friche, terrains vagues ou terres incultes !  À cette époque, je n’étais pas encore sorti de l’université et je m’essayais à lire Lacan. Ayant à cœur de commencer mon stage de dernière année sérieusement – c’était au Courtil il y a plus de trente ans – j’avais engagé durant l’été la lecture du Séminaire III, Les psychoses. Après une cinquantaine de pages j’interrompais mon étude en me disant que je n’y comprenais presque rien mais qu’il était cependant assuré qu’il y avait quelque chose à comprendre.

Vint alors la découverte de la modalité de travail en Cartel dans laquelle je repris ma lecture du Séminaire III, avec quelques autres. Et là petit à petit le ciel s’éclaira, non pas uniquement parce que le plus-un nous apportait ses lumières, mais parce qu’il nous mettait au travail d’approfondir nos opacités. J’appris alors dans le cartel à lire, et à lire Lacan. C’est une expérience surprenante de me souvenir de ces difficultés alors qu’ouvrant aujourd’hui le même livre, il me paraît parfaitement lisible, avec encore ça et là une énigme, une formule surprenante, et des découvertes qui restent à faire – un gai savoir !

Le cartel, c’est bien connu, est une auberge espagnole ! On y consomme ce qu’on y apporte. Je ne parle pas de la jouissance orale qui s’y déploie, bien qu’elle y prenne parfois une place excessive, mais de ce que le travail en cartel est avant tout un travail individuel. Le cartel est un outil pour soutenir notre transfert de travail issu de l’expérience analytique. Dans l’analyse il y a le travail du transfert qui s’appuie sur la supposition de savoir logée du côté de l’analyste. Lui, ce qu’il sait, c’est que le savoir est troué et que dans le trou du savoir se loge un réel que tente d’enserrer le discours de l’analysant. Et il se met à cette place de se faire la dupe de ce réel. Il y croit vrai-ment c’est-à-dire sans trop y croire. Le travail du transfert conduit alors à la construction de fictions qui tout à la fois fixent pour un temps donné la jouissance erratique, tout autant qu’un jour ces fictions pourront être abandonnées dans un arrachement terminal. Cette opération permet à l’analysant de se trouver dispensé de souffrir de ce qui faisait symptôme pour lui. Reste l’os du symptôme qu’aucune fiction ne peut réduire et qui devient la fixion de l’analysant après son analyse, son sinthome.

Par ce parcours qui va du travail du transfert au transfert de travail se révèle que ce qu’on ne comprenait pas nous était inaccessible du fait de l’écran de symptômes condensés dans le fantasme.  C’est l’encombrement symptomatique qui générait notre cécité épistémique. L’invention du Cartel introduit à la rencontre entre mon non vouloir savoir et le non vouloir savoir de l’autre, qui n’est jamais le même. Ce qui est assuré c’est que tout savoir produit dans le cartel comporte sa part de non vouloir savoir, voire même s’articule autour de ce point inarticulable.

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