Par Marion Tremel

 

 

Être en cartel : une évidence. Cependant, jusqu’alors, je n’avais jamais choisi un thème de travail. Tout me convenait, j’y trouvais mon compte. Ce non choix ne venait pas me percuter. Ce fut différent cette fois-ci. Je savais que je voulais y être, en cartel, mais surtout un signifiant s’imposait, celui de l’angoisse ! Ce dernier pris dans l’analyse mais aussi dans une nouvelle position auprès de sujets, en Hospitalisation A Domicile (HAD)[1].

Le séminaire était donc choisi, le X.

Lors de ces soirées, les corps se rencontrent, la pulsion scopique est convoquée, la reprise de passages théoriques incompréhensibles est possible. Des concepts, des énoncés s’éclairent. D’autres, restent obscurs. Le moment de comprendre n’est pas encore au rendez-vous. Parfois, la compréhension vient, dans l’après coup, éclairée par l’analyse. Être cartellisante m’apprend à me défaire de l’idéal de vouloir tout savoir, tout comprendre.

La surprise s’invite. Surprise d’entendre un signifiant, une interprétation et surprise de s’entendre dire quelque chose qui relance la mise au travail.

De ce parcours de cartel, je prélève : « l’angoisse surgit si tout d’un coup, ça ne manque pas » [2]. Ce n’est donc pas la rencontre avec le manque, le néant ou la perte qui provoque l’angoisse, c’est la rencontre avec le trop. L’angoisse est le signal de danger lié, non à l’absence, mais à la présence. JAM, dans son introduction au Séminaire, l’écrit de cette façon : « devant le manque du manque, devant l’objet en trop qui fait vaciller, étouffe ou écrase, le sujet répond par l’angoisse. Ainsi, comme le manque est un point d’appui pour le sujet, l’annulation du manque produit l’angoisse »[3].

Autrement dit, « dans l’angoisse, est premier la présence de l’objet en trop que suscite la proximité avec le désir de l’autre. L’angoisse apparaît quand le sujet ne sait pas, ne sait plus, ce que l’Autre lui veut. Si l’Autre ne se manifeste pas comme désir de reconnaitre le sujet mais celui de jouir de lui comme objet, c’est l’angoisse qui surgit. Cependant, l’angoisse, qui est douloureuse, reste une défense du désir » [4].

De nombreux échanges des échos, pour chacune, dans sa clinique viennent nourrir ce séminaire. Au-delà du manque de manque, en cancérologie, l’angoisse dévoile plusieurs visages. En voici quelques-uns, dont je témoigne en cartel : le corps du parlêtre qui peut « foutre le camp à tout instant »[5], les thérapeutiques : quelle fonction cela a t-il pour un sujet de traiter ou non ses douleurs et/ou son angoisse ? Le sommeil : dormir n’est pas mourir. Ou encore le décès qui approche pris entre peurs, angoisses, souffrances ou silence radical…

Cette expérience de cartel et cette lecture à plusieurs m’enseigne que le concept d’angoisse est une réponse.

Une réponse, au un par un.

Marion LE PERFF-TREMEL

[1]                L’Hospitalisation A Domicile qui a deux modes d’entrée principaux : les pansements complexes et le soin palliatif (essentiellement de la cancérologie).

[2]                Lacan J., S X L’angoisse.

[3]                Miller J-A., introduction à la lecture du Séminaire L’angoisse.

[4]                Lacaze-Paule C., Au voisinage de la Chose : la douleur, l’angoisse ou le deuil, Hebdo blog N°77, juillet 2016.

[5]                Lacan, J., S XXIII Le Sinthome, La Martinière, p. 66.

 

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