Par Hélène Casaus

 

Le pousse-à-la-femme est l’une des modalités que peut prendre l’effet de la forclusion pour un sujet psychotique. Jacques Lacan parle d’une « solution » de remplacement du signifiant du Nom-du-Père quand le manque n’opère pas. Dans le cas du Président Schreber cet effet de pousse-à-la-femme se produit après le déclenchement de sa psychose. Tout le champ sexuel s’en trouve modifié.

La jouissance transsexualiste

 Les phénomènes imaginaires de féminisation, ont une fonction de suppléance face à la dissolution imaginaire. Ils prennent la forme d’une jouissance transsexualiste. Du côté de l’image, il s’agit d’une sorte d’inversion. La féminisation se développe en suivant la mise en place du signifiant La femme et sa relation avec le partenaire divin. Dans le premier temps du délire, le président Schreber se trouve dans la position infamante d’être joui par l’Autre, en tant que femme donnée aux hommes et notamment au docteur Flechsig,  figure du persécuteur. Dans un second temps, une solution se fait jour, celle d’être La femme de Dieu. L’éviration, localisée dans un futur indéterminé, devient le sacrifice qui-fait basculer Schreber du côté de Dieu. L’éviration figure-t-elle l’impossibilité de « phalliciser » l’organe, ou bien est-ce une façon de donner sa place à l’organe dont Schreber ne sait que faire, en le perdant ? Cela est la thèse de Marie-Hélène Brousse dans son article« Le pousse-à-la-femme, un universel dans la psychose [1] » : l’émasculation est la production d’une valeur phallique, c’est-à-dire une façon d’humaniser le vivant qui n’est pas pris dans le réseau signifiant.

Incarner La femme de Dieu

Passer de la femme qui manque aux hommes, à être La Femme de Dieu qui créera une nouvelle humanité, recouvre l’énigme de la procréation et permet de localiser une jouissance jusqu’alors illimitée et totalement dérégulée. Schreber devient une figure d’exception et incarne le signifiant La femme et non pas une femme ce qui attesterait alors d’une position désirante féminine. Cette jouissance illimitée n’est pas à confondre avec la jouissance féminine qui, même si elle n’est pas tout phallique et ainsi ne peut toute se dire, reste bornée par le phallus. Schreber, dans la capture imaginaire de sa féminisation devient La femme divine qui, comme Dieu procrée. Lacan, à la fin de son enseignement, dira dans le Séminaire XXIII Le sinthome : « la seule chose qui permette de supposer La femme, c’est que, comme Dieu, elle soit pondeuse.[2]» Il ne faut pas s’y tromper, Schreber même s’il réintroduit le signifiant maternel, le fait du côté de la procréation divine. Il sera la mère d’une nouvelle humanité à la façon d’une vierge Marie. Le pousse-à-la-femme n’est ni un pousse à la féminité ni  un pousse-à-la-mère.

Pour conclure

 Le pousse-à-la-femme est une modalité de la pulsion et un effet possible de la  forclusion d’un signifiant, le Nom-du-Père. La prégnance des phénomènes imaginaires ne doit pas effacer la dépendance du pousse-à-la-femme à la structure. Ainsi, il peut se manifester aussi bien chez des sujets psychotiques hommes que femmes et il n’est pas toujours présent sous la seule modalité de la capture de l’image spéculaire. La clinique en dévoile des formes multiples mais qui relèvent d’une unique position logique et structurale : « être le/la….qui manque à. » Pour le président Schreber, aucun doute, il est poussé-à-la-femme, et incarne le signifiant La femme, mais ne peut-on pas envisager le cas d’un sujet qui ferait porter l’incarnation du signifiant par un autre?  Ainsi ce « japonais-cannibale »,  qui, en 2001, tue et dévore sa petite amie, voulant savoir ce qu’est une femme. Ici ce serait la partenaire qui serait en position d’incarner La femme.

Hélène Casaus

[1] Brousse, M.-H., « Le pousse à la femme, un universel dans la psychose », Quarto n°77, Les effets de la sexuation dans le monde, Juillet 2002, p. 81-89.

[2] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Seuil, Paris, mars 2005, p. 128.

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