Par Emmanuelle Arnaud

Le cartel est subversif, unique quant à son fonctionnement et sa visée. Le cartellisant est un travailleur décidé qui passe à l’écriture à partir de ce qui se repère ou surgit dans ce dispositif qui prend corps et s’éprouve dans la rencontre avec d’autres qui sont aussi à la tâche. C’est de cela dont les produits de cartels témoignent.

Le savoir est troué et c’est à partir de ce trou qu’une élaboration nouvelle s’extrait et se construit au fil des séances de cartel. Un savoir qui a, pour celui qui se risque à l’articuler, une valeur toujours singulière ce qui le rend d’autant plus précieux et opérant. Voilà ce que permet le travail en cartel, Cartello s’en fait le vecteur de transmission.

Lacan introduit ainsi le cartel dans son acte de fondation, « pour l’exécution du travail, nous adopterons le principe d’une élaboration en petit groupe. »[1] Jacques-Alain Miller dans son texte « Le cartel au centre d’une école de psychanalyse »[2] commente cette phrase : le cartel, « c’est le moyen et non pas pour exécuter un travail, mais pour exécuter le travail » [3], le travail de l’École. Le cartel, c’est politique et par conséquent s’y engager c’est soutenir une position éthique qui consiste à ne jamais considérer le savoir comme une totalité et comme étant définitivement acquis. C’est ce qui se déplie dans le texte de Françoise Labridy, à découvrir dans la rubrique Work in progress.

Dans un cartel dit « de lecture », quatre Plus-Un, se mettent au travail autour d’un objet d’étude choisi ensemble donc, partagé. Mais, chaque cartellisant en livre sa lecture, interroge la question qui lui est propre. Voilà le sel du cartel : faire advenir et faire entendre une énonciation singulière. Jocelyne Huguet-Manoukian dans son écrit sur l’Ulysse de Joyce lu à la lumière de Lacan nous incite à suivre pas à pas son parcours qui dessine une boucle tel le trajet du Boomerang. Ce texte nous permet de saisir ce que signifie lire en cartel et nous invite à nous laisser surprendre par la formulation qu’en donne l’auteure. Lire en cartel serait « une forme de déboîtement ».

Vous découvrirez dans ce numéro, deux nouvelles rubriques : Trouvailles et Détours.

La rubrique Trouvailles s’inaugure avec un texte de Véronique Outrebon qui nous démontre combien le cartellisant qui ne cède pas sur son désir d’en savoir un peu plus, peut, à l’occasion d’un cartel sur le Séminaire L’Angoisse, voir se dévoiler son rapport privilégié à l’objet voix. Le bout de savoir qui s’élabore en cartel est toujours en lien avec la singularité de chaque parlêtre et sa manière symptomatique de s’inscrire dans le lien social et dans le monde.

C’est enfin un détour par la littérature qui vous est proposé. De l’écrit théorique de Lacan à la singularité d’une écriture, celle de Georges Perec. Martine Besset montre dans son analyse minutieuse du texte littéraire comment dans des mouvements d’aller-retour, la théorie psychanalytique, ici L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud éclaire et donne à voir ce qu’il en est de la fonction de l’écriture et de la lettre. Comment, la littérature permet de mieux cerner les points de la théorie de la psychanalyse qui restaient jusqu’alors opaques.

[1]. Lacan J., « Acte de fondation », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.229.

[2]. Miller J.-A., « Le cartel au centre d’une école de psychanalyse : 1994 », Intervention à la Journée des cartels du 8 octobre 1994 à l’ECF. La lettre mensuelle n°134.

[3]. Miller J.-A., « Le cartel au centre d’une école de psychanalyse : 1994 » https://www.causefreudienne.net/cartels-dans-les-textes/  site de l’ECF>

 

Catégories : Cartello 30