Cartello n°7

Février 2015

Edito :

Que m’ est- il permis d’ espérer… du cartel ?

par Pascale Fari

 

  • « Que m’est-il permis d’espérer à lire Freud et Lacan aujourd’hui ? » – une rentrée des cartels, animée par Marie Laurent et qui pariait sur les surprises de la
  • Un cartel fulgurant, composé de nouveaux venus, qui interrogent leurs raisons de lire Freud et Lacan aujourd’hui – à partir de deux ouvrages d’Hervé Castanet au titre provocateur et alléchant : Comprendre Freud ; Comprendre Lacan1.
  • Un cartel fulgurant d’Analystes de l’École, qui interrogent leur rapport à la lecture – aiguillonnés par une formule de Lacan : « l’écrit comme pas-à-lire »2.
  • Un auteur qui fait preuve d’un rapport ouvert et gai au savoir – Hervé

Tels étaient les ingrédients de la dernière rentrée des cartels en Aquitaine. Quatre textes témoignent ici de ce moment vif où l’énonciation était de mise.

On le sait, Lacan subvertit la question kantienne Que m’est-il permis d’espérer ?3 Loin d’être une foi intransitive, l’espérance a toujours un objet, souligne-t-il. Mais surtout, elle est le fait du sujet qui l’énonce. Il précise ainsi : « Pour que la question de Kant ait un sens, je la transformerai en : d’où vous espérez ? » La mise au point porte avant tout sur le sujet et le lieu d’où il parle –

« La psychanalyse vous permettrait assurément de tirer au clair l’inconscient dont  vous êtes sujet. » Pour la psychanalyse, pas plus d’espérance universelle que de savoir absolu ou de vérité ad vitam eternam. Nul savoir clôturé, qu’on-tient bien en main et une bonne fois pour toutes. La lecture des textes analytiques est une expérience éminemment singulière, une rencontre aux effets imprévisibles, une parcelle arrachée à un je n’en veux rien savoir fondamental.

Ces quatre textes en témoignent, chacun à leur manière.

Catherine Lacaze-Paule a croqué pour nous les divins détails qui ont permis de faire événement  de  cette  traditionnelle  « rentrée »  des  cartels :  trois  générations  d’analystes  au « coude-à-coude » autour d’une table basse. « Pas de bureau ni de chaire, comme pour signifier : ici on apprend de ce qui se dit, s’est lu ; on s’interroge, on s’enseigne en parlant. » Entre les plus expérimentés et les nouveaux, « les styles […] loin de s’opposer, se croisent et s’enrichissent ». Du tâtonnement au dépôt de l’expérience, la singularité de l’énonciation fait flèche.

Camille Monribot, elle, retrace l’itinéraire de sa quête de compréhension et de sens dans ce cartel. Dans un premier temps, le signifiant comprendre, nous dit-elle, est « venu rassurer ma quête imaginaire de la compréhension de la psychanalyse freudienne et lacanienne, de ses concepts si complexes et difficilement attrapables ». Dans l’après-coup, s’écrit un cheminement qui s’affranchit d’un questionnement formel des concepts et d’un plus-de-sens, pour interroger la place de la psychanalyse quand l’image est reine.

De l’espoir au désir, en passant par la perte – voilà l’arête où se déplie le texte de Jérôme Péhau. Il rend palpable et nous fait toucher du doigt ce point de bascule où chacun est « amené  à poser, de façon plus singulière, la question de l’espoir et du désir » qui l’anime, avant d’en  arriver à parler « du désenchantement et des désillusions qui l’accompagnent. » À partir de là, on peut commencer à laisser tomber les « effets d’identifications imaginaires qui immobilisent (qu’attend-on de notre cartel ? que doit-on produire ? en sais-je suffisamment ?) et qui poussent toujours plus loin dans les méandres théorico-conceptuels ». En effet, le savoir analytique répond volontiers à la structure de qui perd gagne.

Enfin, Marie Tabarin nous fait goûter l’atmosphère de cette après-midi, le sel des échanges qui fusent, chacun s’affrontant à ses préoccupations et à ses impasses singulières.  L’hétérogénéité prime. Y compris dans l’abord du texte de Lacan : « Chacun évoque son expérience de lecture et personne ne lit de la même façon ! […] De l’acte de lecture, on passe à l’écriture. Là encore, pas moyen d’obtenir une réponse homogène… » Chacun lit et avance du point où il en est, à partir de son impossible. Last but not least, Marie Tabarin fait résonner pour nous l’énonciation d’Hervé Castanet : une psychanalyse ne vise pas à dissoudre l’impossible,  elle le construit comme un « plus » : « À ton impossible tu es tenu ! »

  1. Hervé Castanet : Comprendre Freud, illustrations Yves Rouvière, Paris, Max Milo, 2011 ; Comprendre Lacan, illustrations Yves Rouvière, Paris, Max Milo, 2013.
  2. Jacques Lacan, « Postface au Séminaire XI », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.
  3. Jacques Lacan, « Télévision », Autres écrits, cit., p. 542 & sq.

Pascale Fari, Éditorial : Que puis-je espérer du cartel ?

Catherine Lacaze-Paule, Comment sait un cartel ?

Camille Monribot, Nouvel angle !

Jérôme Péhau, Sans regret

Marie Tabarin, La fête au château !