Cartello n°11

Décembre 2015

 

Editorial

par Frank Rollier

 

La non-tenue des Journées de l’Ecole, rendue nécessaire par la tragédie du 13 novembre, a laissé un trou qu’il nous appartient de tenter de faire vivre pour qu’en sorte du nouveau. Quelques jeunes collègues se sont ainsi retrouvées dans le train du retour vers leur région. Alors qu’elles échangeaient sur ce qui venait de se passer à Paris la veille, l’une d’elles a proposé que se constitue un cartel fulgurant. Son titre – Hier n’est pas fini – prouve que le désir a la vie dure et que le cartel lui donne une forme propice pour élaborer un savoir nouveau orienté par l’expérience de la psychanalyse.

Laurent Dupont, récemment nommé Analyste de l’Ecole, a été invité par Cartello à écrire pour la série Les AE et le cartel. Il a choisi d’interroger le cartel, l’analyse et la passe, « entre élaboration et élucubration». C’est à la lumière de cette distinction subtile qu’il rend compte du nouage nécessaire qui s’opère entre détails aperçus et temps pour comprendre. Son texte n’est pas un témoignage de passe – lequel aura lieu bientôt – mais il en a le goût et nous invite à aller l’entendre le moment venu.

Pour ce dernier numéro édité par la Commission des cartels 2014-2015, Cartello a choisi de publier cinq textes de cartellisants qui reflètent la diversité des usages de ce dispositif d’étude : cartel clinique, cartels de connexion, réalisant un nouage entre la psychanalyse et des disciplines affines (théâtre, peinture), mais aussi cartel en prise directe avec ce qui fait l’actualité de l’Ecole de la Cause Freudienne.

En résonnance avec le thème des Journées « Faire couple, liaisons inconscientes », Marie-Christine Bruyère (Midi-Pyrénées) interroge les destins disjoints du couple illustre des petits Claudel, Camille et Paul.

« Le dispositif du cartel autorise un dire », telle est la découverte faite par Valérie Bussières (Midi- Pyrénées) lorsque, pour la première fois, elle s’est inscrite en cartel, après un tirage au sort qui lui proposait de travailler sur Hamlet. C’est d’un effet de surprise, la révélation de la dimension d’abjection que recèle la pièce, que son élaboration en cartel prendra son départ.

Deux textes sont nés d’un cartel Franc-Comtois intitulé « Sur le fil du désir et son interprétation: Courbet, le féminin et le réel ». Sophie Gaillard montre comment L’origine du monde, cette œuvre qui fût un temps domiciliée chez Jacques Lacan,  inaugure une peinture qui fait trou dans l’univers artistique.

Cécile Scalabrino nous dépeint comment « Les demoiselles du bord de la Seine » (tableau exposé au Petit Palais à Paris) dévoilent au spectateur un réel propre à l’objet-regard féminin, pour autant qu’il consente à l’angoisse d’un rien à voir.

à partir d’un cartel consacré à « La praxis de l’expérience clinique », Françoise Stark-Mornington (L’Envers de Paris) interroge la question de l’enveloppe formelle du symptôme dans la clinique de l’enfant diagnostiqué TDAH.

L’année 2015 a été marquée par un engouement soutenu pour l’étude en cartel, ce dispositif qui subvertit le savoir universitaire et les impératifs du maître normalisateur. Ce sont plus de 300 cartels, réunissant une communauté de plus de 1 300 cartellisants de France et de Belgique, qui ont choisi de s’inscrire sur le site de l’ECF. Les numéros successifs de Cartello ont tenté de rendre compte de cette effervescence en présentant un florilège de leurs travaux.

Que Salvatore Maugeri et Lorène Gaydon, qui ont successivement réalisé la maquette de Cartello, soient remerciés pour leur disponibilité et pour leur talent.

 

Frank Rollier, Éditorial

Laurent Dupont, Entre élaboration et élucubration, le cartel, l’analyse et la passe

Marie-Christine Bruyère, Camille et Paul: les Claudel

Valérie Bussières, Quelle abjection!? Hamlet de Shakespeare:d’une révélation à une élaboration provoquée

Sophie Gaillard, Le génie de Gustave Courbet

Cécile Scalabrino, Demoiselles de rien, à voir

Françoise Stark-Mornington, Du diagnostique TDAH à l’enveloppe formelle du symptôme