Edito – n°13 – spécial catalogue des cartels

editocartello13-accueilPar Dalila Arpin

« Ceux qui viendront dans cette École s’engageront à remplir une tâche soumise à un contrôle interne et externe. Ils sont assurés en échange que rien ne sera épargné pour que tout ce qu’ils feront de valable, ait le retentissement qu’il mérite, et à la place qui conviendra.[1] »

Le catalogue de cartels prend en charge cette vocation et permet les échanges de travail parmi des sujets engagés qui se consacrent à une « élaboration soutenue dans un petit groupe.[2] » C’est le pari du transfert de travail.

Le cartel rejoint l’analyse personnelle et la supervision des cas, dans la formation du psychanalyste, à partir des interrogations propres à chaque sujet. On ne lit qu’en suivant ses interrogations intimes. L’histoire de chacun est la réponse à un réel. Et nos questions émanent des tentatives que nous mettons en place pour répondre à ce réel inassimilable.

Ainsi, le catalogue de cartels met en évidence une large variété de sujets. L’enseignement de Lacan ouvre à des élaborations de savoir multiples. Il ne s’agit pas tant de répondre aux questions qu’il éveille, comme de les déployer, les exploiter, les creuser afin de faire éclore les mystères qu’elles enferment. Le cartel est l’outil approprié  pour aborder la psychanalyse d’orientation lacanienne. Comme le rappelle Jacques-Alain Miller, dans « L’inconscient et le corps parlant » : « Lacan revendiquait pour sa pensée la dignité. C’est, disait-il, qu’elle s’appliquait à sortir de sentiers battus. Et, en effet, cette pensée déroute. Il s’agit pour nous de la suivre dans ces voies inédites. Ces voies sont souvent obscures.[3] » Et comme  s’exprimait Ariane Chottin en commentant cette citation à la soirée de rentrée des cartels : « C’est là l’invention formidable du cartel. On ne peut qu’avancer seul dans les nuées obscures, et l’obscurité n’est jamais à la même place pour chacun.[4] »

Dans ce sens, le cartel se révèle surtout comme un instrument de lecture, comme le démontre le nombre important de cartels  inscrits dans la rubrique « Etude de concepts fondamentaux ». On y compte 122 cartels, qui  se consacrent notamment à l’examen des Séminaires Les PsychosesL’Éthique de la psychanalyse et Encore.

Le travail avec d’autres cartellisants permet également d’articuler  théorie et clinique, comme le démontre l’inscription de 71 cartels dans la rubrique « Clinique structurelle et clinique du symptôme ». Ils font valoir que  théorie et pratique sont intimement liées dans ce que Lacan appelle « praxis[5] ». Le travail du praticien s’égare lorsqu’il n’est pas orienté par les concepts. Dès lors, le cartel d’étude et le cartel appliqué à la clinique constituent les principaux usages du cartel.

Dans la rubrique de cartels noués à la pratique, on compte notamment  les cartels des CPCT. Ces cartels sont des organes majeurs de la formation clinique du jeune praticien. Les cartels y permettent les échanges autour des cas, dans une ambiance studieuse et joyeuse à la fois.

Cette année, on retrouve un certain nombre de cartels autour du thème du corps, en écho direct avec le Congrès de l’AMP, « L’inconscient et le corps parlant », qui a eu lieu à Rio de Janeiro en avril dernier. Cette question traverse les recherches des cartellisants appliqués qui  se saisissent des actualités de notre milieu comme d’une occasion pour poursuivre leur formation.

Une nouveauté dans le catalogue de cette année : l’inclusion de cartels fulgurants qui ont une durée plus courte que les cartels habituels. Ils se constituent quelque temps avant un évènement – que ce soit une soirée, la projection d’un film ou  l’organisation  d’un congrès – et se donnent pour mission de le préparer. Une fois l’évènement réalisé, ils peuvent se dissoudre en tant que cartel.

Enfin, le cartel s’associe à l’actualité, d’où un cartel qui explore le phénomène contemporain de la radicalisation à la lumière de la psychanalyse. Ou bien, un cartel qui, inspiré des 46e Journées de l’École de la Cause Freudienne[6], a travaillé sur « L’objet regard sur Facebook », afin de préparer non seulement le sujet mais aussi d’assurer la diffusion de cet évènement majeur de notre champ dans les réseaux sociaux. Les cartellisants interrogent ainsi la manière dont  le discours analytique peut avoir un retentissement sur le web.

Afin de donner corps à la politique de cartels à l’École de la Cause Freudienne, la commission de cartels s’est elle-même constituée en cartel.

– Aurélien Bomy – Cartel et désir de l’analyste

– Chantal Bonneau – Style et cartel

– Valentine Dechambre – Cartel et transfert de travail

– Marcelo Denis – Le cartel face à l’Autre

– Marie-Claude Sureau – Politique des cartels

– Plus-un : Dalila Arpin – Le cartel au XXIe siècle

 Nous espérons que la lecture de ce catalogue favorisera les échanges de travail entre collègues intéressés par la psychanalyse et fera rayonner l’enseignement de Sigmund Freud et de Jacques Lacan au-delà de nos frontières.

Bonne lecture donc, à chaque travailleur décidé !

Dalila Arpin

Responsable des cartels de l’École de la Cause Freudienne

 

[1] Lacan J., « Acte de fondation », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 229.

[2] Ibid.

[3] Miller J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », Le réel mis à jour, au XXIe siècle, Paris, ECF, Collection rue Huysmans, 2014, p. 306.

[4] Texte présenté à la soirée de rentrée de cartels, organisée par Agnès Bailly et Marcelo Denis, responsables des cartels de l’Envers de Paris et l’ACF-Ile de France, respectivement, à l’École de la Cause Freudienne, le 13/10/2006.

[5] Lacan, J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 11.

[6] 46e Journées de l’École de la Cause Freudienne, « L’Objet regard », samedi 5 et dimanche 6 novembre 2016, Palais des Congrès, Paris.