La politique du cartel – « Une machine de guerre contre le didacticien et sa clique » [1]

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Par Solenne Benbelkacem-Leblanc

Il y a quelques mois, nous avons eu le plaisir d’assister au lancement de Cartello. Dalila Arpin filait alors la métaphore guerrière, en parlant des cartels comme d’une « arme puissante » « contre l’aliénation[2] ». Mais, en quoi le cartel fait-il partie de l’artillerie en politique lacanienne ? En quoi participe-t-il de son éthique ? Ce sont les questions qui m’ont poussée à vouloir en savoir plus. J’ai alors tout simplement été lire les quelques textes de références sur le site de l’Ecole de la Cause Freudienne[3].

Le cartel est une forme de lien social très particulier qui fut inventé par Jacques Lacan. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’ils étaient la condition sine qua non d’une école lacanienne ! Pas d’école sans cartel, il en est le cœur. Les séminaires, les conférences, les cours, cela a bien sûr le droit de cité, mais en-dehors de l’École. Ce fut le désir de Lacan, inscrivant dans l’Acte de fondation de l’Ecole Freudienne de Paris (1964) leur but : « restaurer la vérité de la psychanalyse, en transmettre le savoir, l’offrir au contrôle et au débat scientifique ».

Dans Le cartel au centre d’une école de psychanalyse : 1994[4] de Jacques-Alain Miller, on découvre comment la stratégie psychanalytique va faire usage de cet espace-temps inventif…

C’est d’abord lire « avec le moins de “prof ”possible » nous dit J.-A. Miller, à la sauce égalitaire. Les cartels viennent en effet des Groupes de Travail Universitaires. Du balai les “profs”, les spots et les flashes et place à l’huile de coudes. Ici les « camarades » sont incités « à ne pas se grouper en cliques concurrentes » mais à « entrer dans l’organisation circulaire ». Cela donne un côté fourmis à ces « travailleurs décidés », véritables ouvrières discrètes et acharnées. Et on sait qu’avec du temps, elles peuvent faire des dégâts considérables.

De la même manière, les cartels sont une arme redoutable, véritable « machine de guerre contre le didacticien et sa clique ». Les cartellisants ne restent pas béats face au savoir de l’Autre, ils déboulonnent les statuts de leurs petites mandibules. C’est ce qu’a voulu Lacan nous dit Jacques-Alain Miller : faire de ce lien social temporaire, un outil capable d’« arracher la psychanalyse aux didacticiens ». Et c’est dans cette même logique que Lacan a voulu se servir de son tranchant pour « faire échapper la nomination des AE aux didacticiens ». Cette nomination est issue justement du travail d’un ou plusieurs cartels.

En lisant ces références, on comprend vraiment mieux à quel point le cartel est un outil stratégique en politique lacanienne. Le cartel, c’est d’la bombe !

 

[1] Miller J.-A., «  Le cartel au centre d’une école de psychanalyse : 1994 »,  Le cartel dans le monde.

      http://www.causefreudienne.net/cartels-dans-les-textes/

[2] Arpin D., « Cette arme puissante, le cartel », http://ecf-cartello.fr/presentation-de-cartello/

[3]Page du site de l’École de la Cause Freudienne, Cartels dans les textes. http://www.causefreudienne.net/activites/etudier-en-cartel-2/

[4] Miller J.-A., «  Le cartel au centre d’une école de psychanalyse : 1994 »,  Le cartel dans le monde.

      http://www.causefreudienne.net/cartels-dans-les-textes/