Le cartel à l’époque de Lacan

Par Susanne Hommel

A l’époque où Lacan était vivant parmi nous, les consignes qu’il  avait données dans ses textes furent strictement observées.

Je cite un extrait de  » l’Acte de Fondation de l’Ecole freudienne de Paris’ du 21 juin 1964 :

  «  Ceux qui viendront dans cette Ecole s’engagent à remplir une tâche soumise à un contrôle interne et externe. Ils sont assurés en échange que rien ne sera épargné pour que tout ce qu’ils feront de valable, ait le retentissement qu’il mérite, et à la place qui conviendra. Pour l’exécution du travail, nous adopterons le principe d’une élaboration soutenue dans un petit groupe.  Chacun d’eux (nous avons un nom pour désigner ces groupes) se composera de trois personnes au moins, de cinq au plus, quatre est la juste mesure. PLUS UNE chargé de la sélection, de la discussion et de l’issue à réserver au travail de chacun. Après un certain temps de fonctionnement, les éléments d’un groupe se verront proposer de permuter dans un autre. La charge de direction ne constituera pas une chefferie dont le service rendu se capitaliserait pour l’accès à un grade supérieur, et nul n’aura à se tenir pour rétrogradé de rentrer dans le rang d’un travail de base. Pour la raison que toute entreprise personnelle remettra son auteur dans les conditions de critique et de contrôle où tout travail à poursuivre sera soumis dans l’Ecole  ».

Je reproduis cette longue citation pour réveiller l’esprit des cartels à l’époque de Lacan.

A cette époque j’ai travaillé dans de nombreux cartels. Un trait était immuable. Si un des membres du cartel n’était pas présent, nous ne travaillions pas. Nous avons pris cela au sérieux : un rond de ficelle se détache, le nœud borroméen se défait. Pour nous le cartel était une mise en acte de l’invention de Lacan de l’époque, le nœud borroméen. Nous nous séparions jusqu’au prochain rendez-vous.

Je témoigne ici d’un cartel qui avait et a encore une grande importance pour moi. Nous étions quatre plus une, comme le texte le dit. Notre objet de travail était la lecture du Séminaire  VII «  L’Ethique de la psychanalyse  ».  Chacun avait son objet de travail qu’il élaborait à partir du séminaire. J’étais particulièrement concernée par la tragédie de Sophocle, Antigone et Œdipe Roi, un autre cartellisant par Kant et la philosophie allemande, un autre par l’amour courtois, un autre par le texte de Freud «  Entwurf einer Psychologie  », 1895, le concept de la Chose, Das Ding, que Freud introduit dans ce texte.

A ce moment-là j’ai commencé la traduction de l’Esquisse.

Nous avons discuté, élaboré ces questions ensemble, ensuite chacun a fait un travail, même un exposé présenté aux Journées des Cartels de l’Ecole Freudienne de Paris en Avril 1975. Plusieurs d’entre nous ont été nommés membre de l’Ecole suite à ce travail de cartel.