Édito

par Beatriz Gonzalez-Renou

 

Le présent numéro de Cartello atteste d’un fait : le concept d’inconscient est lu en cartel. Et c’est de très bon augure. Qu’est-ce que cela indique ? L’intérêt pour explorer l’inconscient dans des textes fondamentaux de la psychanalyse prouve qu’il demeure une question ouverte. Dès les premiers écrits de Freud, en passant par différents moments de l’enseignement de Lacan, aussi bien que dans le cours de Jacques-Alain Miller, l’inconscient s’avère être un concept en mouvement.

Que reste-t-il de l’inconscient freudien ? L’inconscient structuré comme un langage suffit-il à traiter le réel ? Et si l’inconscient était à saisir plutôt comme un bord, comme un laps ? Peut-on dire aujourd’hui que l’inconscient s’interprète ? Oui ! À prendre au sérieux l’équivoque qui s’entend dans ce « s’interprète » – soit dans la forme réflexive du verbe, soit dans sa forme pronominale –, l’élément qui reste une condition pour son interprétation est la possibilité concrète pour quelqu’un de s’adresser à un psychanalyste.

Cependant, le dispositif analytique ne saurait se suffire du simple fait d’exister. Encore faut-il vouloir suivre la voie inaugurée par Freud dont Lacan a isolé que « L’inconscient est un concept forgé sur la trace de ce qui opère pour constituer le sujet. [1] » L’inconscient nécessite d’être sans cesse forgé.

Or, l’époque semble aujourd’hui résister, voire s’opposer à toute sorte d’interprétation quant à ce qui opère au niveau de l’inconscient. L’idéologie woke chemine dans les profondeurs du goût. Cette logique, mine de rien, tend à évacuer l’inconscient et à faire taire la possibilité de son interprétation. Si on n’étudie plus, ou presque plus, le concept d’inconscient à l’université, s’il se fait de moins en moins audible dans la plupart des institutions, le cartel maintient la subversion dont Lacan l’a doté dès 1964. Le cartel peut aujourd’hui faire fonction de caisse de résonance, produisant des effets de formation et de transmission du discours analytique.

Quatre textes, chacun issu d’une question touchant au concept d’inconscient, composent ce numéro.

Juliana Ito a lu en cartel « Position de l’inconscient [2] », texte prononcé en 1960, publié seulement en 1964. Elle y saisit le virage conceptuel majeur de ce moment précis où Lacan introduit la référence à la topologie. L’inconscient prend une nouvelle allure, il est moins ce qui demande à être déchiffré que ce qui émerge comme bord et comme coupure, pulsation temporelle [3] prise entre les deux opérations de séparation et d’aliénation.

Un peu plus tard, lors du Séminaire XI, l’inconscient est en lien avec ce que Lacan a nommé la différence absolue [4]. Anne-Marie Meiser a fait de cette formule le fil rouge de sa trajectoire en cartel. Elle l’explore en tant qu’elle serre ce que Lacan vise comme étant possible d’obtenir, et donc de transmettre, à l’occasion d’une analyse menée jusqu’à son terme : le déplacement de l’inconscient transférentiel à l’inconscient réel, non sans le désir de l’analyste.

La contribution d’Audrey Prévot est axée sur la logique inconsciente propre à la névrose obsessionnelle telle que Freud en a cerné les contours. De quoi est faite cette passion pour la contrainte dont le sujet obsessionnel tisse son symptôme ? Lire Freud en cartel lui a permis de revenir à une autre notion, peu visitée de nos jours et pourtant indispensable à l’appareil de la théorie psychanalytique : le refoulement. Là où les formations de l’inconscient se présentent sur la forme du ratage, le refoulement serait-il une opération réussie ?

C’est sur la trame qui va du signifiant au signe telle que Lacan l’articule dans son Séminaire Encore que Marie-Josèphe Page s’avance sur la question du savoir en psychanalyse. Un savoir qui n’est pas de l’ordre de la connaissance, et qui se manifeste d’abord comme une énigme « présentifiée par l’inconscient [5] », en tant qu’il est « le mystère du corps parlant [6] ».

Ainsi, aujourd’hui lire le concept d’inconscient en cartel est un désir en acte.

Ce numéro de Cartello en témoigne.

Bonne lecture !

Beatriz Gonzalez-Renou

    1. Lacan, J. « Position de l’inconscient », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 830.
    2. Ibid.
    3. Lacan, J. « Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 187.
    4. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 248.
    5. Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 125.
    6. Ibid., p. 118.
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